dimanche 13 mai 2007

Interview du vice-Président du MNJ au journal Le Monde

Journal Le MONDE édition du 12 mai 2007

Titre : NIGER/ Rébellion armée

"Nous contrôlons militairement tout le nord du Niger, la partie utile du pays. L'armée ne peut pas nous déloger. Nous ne voulons pas créer un Etat indépendant. Nous exigeons seulement un meilleur partage des richesses de l'uranium. Les Touaregs n'en profitent pas." Joint par téléphone, jeudi 10 mai, l'homme qui s'exprime ainsi, Mohamed Acharif, est le numéro deux du Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ), une organisation qui a commencé à faire parler d'elle en février avec les premiers accrochages qui l'ont opposée à l'armée nigérienne.


Depuis, des affrontements sporadiques ont lieu. Le MNJ affirme ainsi avoir détruit, en avril, onze véhicules de l'armée faisant plusieurs morts dans les rangs adverses avant d'attaquer un site d'Areva, le groupe français spécialiste de l'uranium. "Depuis, explique Mohamed Acharif, un ancien capitaine, nous n'avons pas mené d'autres actions. De son côté, l'armée a pilonné nos positions, sans succès. Nous sommes disséminés dans les montages du massif de l'Aïr (certaines culminent à 2 000 mètres).Ils ne peuvent rien contre nous."

Selon lui, près de 700 Touaregs auraient rejoint les rangs du MNJ dont certains revenus d'exil en Algérie et en Libye. Les militants du MNJ sont-ils en contact avec des groupes armés islamiques signalés dans le nord du Mali ? La question le surprend, tant leur mode de vie et leurs pratiques religieuses diffèrent, explique-t-il.

"RESPECTER NOS COUTUMES"

Se procurer de l'armement ne serait pas un problème. "C'est même très facile. Un marché parallèle existe, alimenté par les armes venues des pays voisins ou de Côte d'Ivoire, assure Mohamed Acharif. Avec 6 000 euros, on peut se procurer une mitrailleuse lourde et avec 100 000 euros, on a de quoi équiper des troupes pour faire du mal aux forces régulières".

Or l'argent ne semble pas manquer pour acquérir de l'armement. Les dirigeants du mouvement assurent être financés par les commerçants touaregs installés dans les pays limitrophes. "Nous ne recevons pas d'aide financière extérieure d'un Etat. On ne veut compter que sur nos propres forces", affirme l'adjoint du chef du MNJ, Abubacar Alambo.

Un peu comme au Nigeria voisin, où des mouvements revendiquent un meilleur partage des richesses pétrolières, le MNJ veut que l'exploitation de l'uranium - dont le Niger est le troisième producteur mondial - bénéficie davantage aux populations locales.

"Notre adversaire ce n'est pas Areva, dit encore Mohamed Acharif. On ne les connaît pas. Nous demandons seulement au groupe français d'embaucher plus de Touaregs, de ne pas détruire l'environnement et de respecter nos coutumes. C'est l'Etat (nigérien) que nous combattons. Et il n'y aura pas de négociations avec lui tant que l'armée occupera nos villes."

Les Touaregs du Niger n'en sont pas à leur première rébellion. Dans les années 1990, ils s'étaient déjà opposés, les armes à la main, au pouvoir central. Des négociations avaient alors abouti à un accord de paix prévoyant notamment l'intégration des anciens rebelles dans les rangs de l'armée. "L'accord n'a jamais été respecté par les responsables politiques de Niamey", dénonce Mohamed Acharif. Selon lui, si des négociations doivent s'ouvrir, la France devra s'impliquer car "c'est la France coloniale qui a confié notre sort à un pouvoir distant de nous de plus de 1 000 kilomètres."

Jean-Pierre Tuquoi

mercredi 2 mai 2007

Interview du vice-president du MNJ Asharif Mohamed

Le dimanche 22 avril 2007, de 9H 27 a 9H 42 mn, le vice-president du MNJ, Achariff Mohamed a contacte notre redaction. Nous avons profite pour lui poser quelques questions relatives aux derniers evenements.

  • Qu'est ce qui vous a pousse a prendre les armes contre votre propre pays?


C ’est l’injustice! Rien que pour combattre l’injustice et ces corrolaires qui minent ce pays que notre mouvement a vu le jour. Nous ne sommes plus dans une république conséquente où les gouvernants oeuvrent pour le bonheur du peuple. Les autorités de Niamey n’ont aucun souci pour une démocratie participative. Elles ne sont tout simplement que des affairistes qui foulent du pied les valeurs de l’Etat de droit. Si aujourd’hui, les nigériens que nous sommes ont opté pour la guerre, c’est parce que nous n’avons plus d’autre issue pour faire comprendre à nos gouvernants que leur gestion désastreuse nous conduira au chaos. La preuve! On parle de démocratie alors que nous sommes sous un système militariste qui réduit au silence la population. Le MNJ réclame justice pour toutes ces oppressions; pour tous ces assassinats politiques; pour tous ces détournements des fonds publics; pour toutes ces prédations des libertés fondamentales et collectives.

  • Mais dites nous pourquoi vous vous etes attaquE A des societes minieres ? Queest ce que vous leur reprochez?

Après quarante ans de présence et cent mille tonnes d’uranium extraites, les populations de la région d’Arlit puisent encore de l’eau de puits! Et quelle eau ? De l’eau polluée par ces mines. Aucune activité maraîchère n’est plus possible dans cette localité. Ce qui est grave, ce qu’on continue de tenir ces pauvres dans l’ignorance totale alors que le taux de radioactivité est dix (10) fois au dessus de la normale. Comment accepter de vivre cela sans bouger et pire que même la main d’oeuvre qualifiée et non qualifiée provienne d’ailleurs!Nous avons attaqué le détachement militaire d’Imouraren pour lancer un signal fort à Areva et ceux qui lui octroient ces permis d’exploitation qui ne sont en réalité que des permis de….détruire.Non! on n’acceptera jamais cela. Nous appelons Areva à revoir sa stratégie dans cette région car aucun développement durable n’est envisageable si on ne tient pas compte de la situation des populations concernées par les émanations radioactives. Comment accepter qu’un Etat laisse ses enfants dans l’indigence la plus totale et se vautrer dans l’impunité et la gabégie?

  • Est ce que vous nous confirmez que l'armee a pilonne vos bases?

Oui ! Et cela depuis vendredi soir (NDLR : le 20/04/2007). Ils ont même tenté d’escalader le Mont en certains endroits mais nous les avons repoussés. C’était juste dans la journée du vendredi. Cependant cela ne nous a pas empêché de faire subir des sérieuses pertes aux Forces de défense aux environs d’Abargot et Tezirzet. Chaque mètre que l’armée va faire est un pas de plus vers sa défaite et il faut qu’on sache que nous sommes determinés à faire rayonner la justice au Niger.

  • Le ministre porte parole du gouvernement refuse de reconnaitre votre mouvement et voit en lieu et place des trafiquants de drogue et des delinquants! Qu'est ce que vous lui repondez?

Ecoutez! Quoi que dise Ben Omar sur nous, rien ne nous étonne de lui, il est dans la logique de son employeur c’est à dire nier tout ce qui les dérange! Et on appelle cela de la démagogie. Ils nient la famine; ils nient la crise scolaire,ils nient les problèmes des contractuels, ils nient le chômage des jeunes, ils nient l’injustice et l’impunité! En un mot, nous sommes en face d’un Etat négatif qui se verse toujours dans la négation des vrais problèmes.

  • Etes-vous prets a dialoguer M.Achariff?

Bien sûr mais sur des bases claires et justes qui tiennent compte des intérêts des opprimés. Et qu’on se rappelle que nous revendiquons la justice, pas pour la seule région d’Agadez! Nous la voulons pour tout le Niger! Notre lutte est celle de tous les opprimés.